Matthias Hartwich a accédé à la présidence du SEV lors du dernier congrès, le 27 octobre 2022, succédant à Giorgio Tuti en février 2023. Celui-ci avait œuvré à la tête du syndicat du personnel des transports durant 14 ans. Dès son entrée en fonction, début 2023, Matthias Hartwich a commencé par effectuer une tournée dans des dizaines de sections, afin de faire la connaissance des membres dans les diverses branches et entreprises. Sur le plan politique, Matthias Hartwich et son équipe ont été fortement sollicités par les négociations menées par la Suisse pour un accord-cadre avec l’UE. Le SEV a plaidé pour qu’une éventuelle ouverture du transport de voyageurs par le rail aux entreprises ferroviaires internationales ne porte pas préjudice au personnel suisse des chemins de fer. Matthias Hartwich a clairement posé les conditions qui permettraient au SEV de consentir à un accord : « Sur les rails suisses, ce sont les normes salariales et sécuritaires suisses qui doivent s’appliquer. En Suisse, il n’est pas question que l’horaire cadencé et l’intégration tarifaire passent à la trappe. » Le nouvel accord entre la Suisse et l’UE, ainsi que son application, feront donc l’objet d’une surveillance attentive par le SEV également ces prochaines années.
Le SEV s’est également préoccupé des projets de la Confédération visant à réduire les fonds d’encouragement en faveur du transport régional de voyageurs (TRV). En 2023, le SEV, conjointement avec les syndicats syndicom et ssp, a adressé au Parlement une pétition contre ces réductions dans le TRV. Et le Parlement a finalement retiré ces plans d’économie. Mais la ministre des Finances Karin Keller-Sutter est revenue à la charge avec sa proposition dite « Programme d’allégement budgétaire 2027 ». En 2025, le SEV a protesté contre ces projets d’économies via une action cartes postales. De plus, le SEV a clairement fait entendre qu’il s’opposait à toute diminution du Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (FORTA) et du Fonds pour les infrastructures ferroviaires (FIF). De même, le SEV rejette aussi bien la suppression de l’encouragement aux systèmes de propulsion alternatifs pour les bus et les bateaux, que l’abandon de l’aide au transport ferroviaire transfrontalier de voyageurs (trains de nuits).
PROLONGATION DE LA CCT CFF ET CFF CARGO
Depuis la fin de la pandémie de Covid, les CFF enregistrent à nouveau des chiffres record dans le transport des voyageurs, mais doivent faire face à un gros endettement né de la pandémie. Le SEV s’est opposé avec succès à des mesures d’économies réalisées sur le dos du personnel. Dans ce contexte, un éventuel renouvellement des deux conventions collectives de travail avec les CFF et CFF Cargo constituait un défi majeur. « Le mandat confié à la Conférence CCT était clair : prolonger et améliorer cette CCT. Nous avons obtenu cette prolongation et assuré ainsi avec succès les conditions d’engagement pour les prochaines années », déclare Patrick Kummer qui, en 2023, avait succédé à Valerie Solano à la vice-présidence du SEV et hérité ainsi du dossier CFF. Les deux CCT sont donc désormais valables jusqu’à fin 2028. À l’heure actuelle, la délégation de négociation, sous la direction du SEV, mène les négociations sur les réglementations sectorielles de la durée du travail (BAR). De plus, des négociations relatives à l’amélioration de la CCT sont d’ores et déjà planifiées.
En 2023, CFF Cargo devenait à nouveau une filiale à 100 % des CFF. L’entreprise de transport de marchandises est certes une affaire en partie déficitaire, mais elle est absolument indispensable à la politique de transfert des marchandises de la route au rail. Dans sa réponse à la consultation sur la nouvelle législation concernant le transport des marchandises, le SEV a exigé que l’on considère le transport des marchandises par le rail comme un « service public ». Le Parlement n’a répondu à cette demande que dans la mesure où il entend encourager financièrement le trafic des wagons complets isolés, qui est déficitaire. Malgré tout, CFF Cargo a entamé une réduction de personnel, contre laquelle le SEV se bat (voir p. 10).
Afin que les intérêts du personnel soient garantis également au sein du conseil d’administration des CFF, les syndicats y placent deux membres. À la suite du départ de Daniel Trolliet, c’est Edith Graf-Litscher qui a repris le flambeau en 2023. Et en 2025, Jürg Hurni a succédé à Fabio Pedrina au sein de ce conseil d’administration.
LES ETC SOUS PRESSION
Au sein des entreprises de transport concessionnaires (ETC), la pression exercée sur le personnel est également très forte. Dans plusieurs de ces entreprises, le SEV a lancé des pétitions, afin de réclamer de meilleures conditions de travail. Il est réjouissant de constater que le SEV est parvenu à prolonger ou à renouveler la CCT dans plusieurs d’entre elles. Une CCT totalement nouvelle a même été conclue en 2025 avec les wagons-lits Newrest, qui offrent leurs prestations dans les trains de nuit.
Publié en 2022, le sondage réalisé par Unisanté et le SEV sur la santé du personnel des bus a été édité en 2024 sous la forme d’une brochure commentée, dans laquelle le SEV formule des revendications claires. « Comme les TP constituent l’une des solutions aux problèmes climatiques, il serait absurde d’investir ici des milliards sans y associer la santé des chauffeurs. La situation est sérieuse et exige des réponses rapides », écrit Christian Fankhauser dans sa préface. Une enquête de cohorte (p. 11) sur la santé - Traphehac - est en cours. Christian Fankhauser a pris sa retraite fin 2023, il était vice-président du SEV et responsable des ETC. Valérie Boillat lui avait succédé, mais elle s’est retirée fin mars 2025. Le poste sera repourvu au Congrès.
SEV-GATA FÊTE SES 20 ANS
SEV-GATA, le syndicat du personnel au sol des aéroports de Zürich et de Genève, a fêté le 20e anniversaire de son existence. Dans la branche hautement volatile de l’aviation, SEV-GATA a pu enregistrer quelques succès d’estime. Le renouvellement de la CCT avec Swissport a été salué comme un véritable exploit : entrée en vigueur en 2023, elle a remplacé la CCT de crise qui avait prévalu durant la pandémie de Covid.
Hormis les succès déjà mentionnés relatifs à la politique des transports, le SEV a également obtenu, avec les syndicats de l’USS, des avancées en matière de politique sociale. En 2024, les syndicats ont en effet provoqué une sensation de portée historique : en plébiscitant l’initiative en faveur d’une 13e rente AVS, les citoyens ont accepté dans les urnes, pour la première fois dans l’histoire de la Suisse moderne, une initiative visant à étendre l’État social. Et en automne 2024, une réforme asociale de la loi sur les caisses de pension (LPP) a été rejetée, également grâce à une campagne musclée des syndicats.
Michael Spahr