Susanna travaille chez CFF Cargo comme déclarante en douane et spécialiste en expédition; depuis un accident de vélo en juin 2021, elle est en arrêt maladie à 50%. Mais lisez la suite de l’histoire : «J e peux rester concentrée sur une tâche pendant environ une heure, voire 70 minutes. Mais ensuite, j’ai besoin d’une pause. » Elle a très vite des vertiges, sa tête bourdonne et elle a l’impression d’être sur un grand huit. « Cela ne va pas jusqu’à perdre connaissance, mais je ne peux plus me concentrer et deviens maladroite; si j’insiste et continue, il me faut ensuite énormément de temps pour récupérer. » Pendant les séances de physiothérapie, elle a fait une fois un test sur un vélo d’entraînement. Bien que le vélo soit conçu pour que les bras et les jambes travaillent automatiquement de manière synchronisée, elle a dû arrêter après quelques minutes, parce qu’elle n’avait pas de coordination.
Son occupation à 50 % consiste en journées entières pendant lesquelles elle fait son travail, entrecoupées de pauses de récupération. Cependant, elle a moins de jours de vacances, étant donné qu’elle est en arrêt maladie à 50%. « J’ai ainsi encore moins de temps pour me reposer », déplore-t-elle. C’est le seul point qui la chagrine. Sinon elle reste positive; elle sait que l’exercice dans l’eau lui fait du bien, elle utilise des fleurs de Bach et a également demandé une aide psychologique. « Tous s’accordent pour me dire que je fais tout juste; c’est une frustration pour moi de ne pas me sentir mieux. Et je dois malheureusement renoncer à beaucoup de choses que je ne peux plus faire correctement. »
TOUJOURS PRÊTE POUR DES TÂCHES SUPPLÉMENTAIRES
Avant, c’était différent : Susanna Zappa a débuté en tant que responsable d’expédition. Puis elle a réalisé une formation scolaire à la douane et ensuite travaillé en tant que déclarante en douane. A 23 ans, elle a rejoint les CFF. Elle a coordonné les locs et les charges à la centrale de gestion Cargo. Elle a pris de nombreuses responsabilités. Elle apportait constamment des idées d’amélioration, s’occupait de tâches supplémentaires qui n’avaient rien à voir avec son travail habituel, comme par exemple remplacer l’assistante du chef de secteur ou l’élaboration d’intranet. En 2009 elle a rejoint CFF Cargo dans l’unité spécialisée Douane et a suivi la formation de spécialiste en expédition. Grâce à ses connaissances du domaine ferroviaire et des douanes, de nombreuses responsabilités lui ont été confiées. Son collègue étant parti à la retraite en 2016, elle a repris quelques-unes de ses tâches et un deuxième collègue étant pensionné, elle a repris la direction du team. C’est alors que son corps a commencé à lui jouer des tours. Elle ressentait des tensions et des douleurs. Sa capacité de concentration baissait. Des douleurs persistantes dans le bras droit l’ont poussée à une première longue absence pour raison de maladie. Quand enfin elle a pu reprendre à temps complet, c’est l’accident de vélo qui est survenu : « J’ai dévié de mon chemin et heurté une bordure. » Au lieu d’atterrir gentiment sur la pelouse, ma tête a heurté un tuyau en métal qui se trouvait malencontreusement là sur le sol. Depuis de moment, elle a des étourdissements et elle est clairement limitée.
« QUI VOUDRAIT BIEN M’ENGAGER »
Jusque-là, rien de bien méchant. Mais la question se pose maintenant : quelle sera la suite. Susanna a 53 ans. Elle voudrait travailler à temps complet, mais son corps ne le lui permet pas. La Suva a classé son dossier: ses problèmes actuels ne découleraient pas de l’accident. Elle s’est annoncée auprès de l’assurance-invalidité, son dossier ayant passé de réinsertion à examen du droit à la rente. Les perspectives qu’il soit approuvé sont très faibles. Il lui reste un dernier espoir: l’invalidité professionnelle des CFF - et c’est justement elle qui va maintenant être supprimée - ou du moins fortement limitée. « Je trouve injuste que seules les professions de monopole puissent en profiter. Avec mes problèmes de santé, je n’ai absolument aucune chance de me faire engager dans le secteur privé. » Âgée de 53 ans et avec 30 années de service, elle remplit les conditions principales pour l’invalidité professionnelle. Si les conditions devaient se durcir, ce ne serait plus le cas. « L’invalidité professionnelle est un filet de sécurité; il ne faut pas qu’elle disparaisse », souligne Susanna. « Les CFF ont déjà dit qu’ils voulaient me garder à 50%. C’est non seulement 50% du salaire qui va me manquer ces prochaines 12 années, mais également des cotisations essentielles à l’AVS et à la caisse de pension feront défaut à la retraite, sans que j’aie pu bénéficier d’une meilleure qualité de vie. Je serais extrêmement déçue si les CFF me laissaient tomber. »
Peter Moor